Rencontre avec Mark Shuttleworth, papa d’Ubuntu, ancien touriste de l’espace

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Des créateurs de start-up qui font fortune, j’en rencontre un paquet. Mais je crois que la palme du mec le plus énervant revient à Mark Shuttleworth . Il a eu l’idée de fonder une boîte délivrant des certificats électroniques pour le Web alors que celui-ci était encore balbutiant, boîte qu’il a revendue 4 ans plus tard pour un demi-milliard à Verisign… Avec cet argent, il a pris un billet pour l’espace (Wikipedia le classe même comme cosmonaute )… puis a fondé Canonical, qui livre aujourd’hui une des distributions Linux les plus populaires, Ubuntu . Et vous voulez savoir le plus énervant : ce garçon charmant a fait tout ça alors qu’il est plus jeune que moi  - qui n’ai même pas de Rolex, c’est dire.

Bref, quand j’ai su que Mark Shuttleworth allait s’exprimer lors de l’Open World Forum , j’ai sauté sur l’occasion de pouvoir discuter avec lui. Il m’a accordé 10 minutes. Voici l’entretien :

Durant votre discours à l’Open World Forum, vous avez plaidé pour des développements de produits coordonnés dans le monde de l’Open Source. Voilà un projet très ambitieux…

Oui, l’objectif est très ambitieux, et il y a de nombreux obstacles sur la route, mais les bénéfices sont clairs : le test en serait grandement facilité, car on s’appuierait sur des logiciels stabilisés et des standards, cela nous simplifierait grandement la vie à tous, et donnerait aux logiciels libres une bien meilleure visibilité. Mais attention, je ne dis pas qu’il faille que tout le monde se mette autour d’une table pour négocier, ce serait impossible. Ce que je voudrais, c’est que chacun dise "telle version stable sortira telle année". Par exemple, qu’Apache indique, tous les deux ans, "Cette version bénéficiera d’un support à long terme".

Pourquoi ce rythme de deux ans ?

Il y a une certaine controverse à ce sujet. Nous avons éliminé les rythmes de type 18 ou 30 mois, qui créent des distorsions avec le rythme annuel des entreprises, des conférences, des vacances… Les gens du logiciel ont plutôt tendance à demander des rythmes de deux ans ou plus, pour avoir le temps de gérer les changements. Les gens du matériel disent deux ans ou moins, pour profiter plus rapidement des évolutions des machines. Nous nous sommes calés sur deux ans, et depuis qu’Ubuntu existe, Debian a aussi appris à le faire [NDLR : Ubuntu, basé sur Debian, suit un cycle de développement itératif de six mois, avec publication d'une version stable, LTS (Long term support) tous les deux ans]. Si nous y parvenons, il n’y a pas de raison que d’autres ne puissent en faire autant. On pourrait alors avoir des sorties simultanées, ce serait super d’avoir comme ça des lancements coordonnés de Firefox, Apache, etc. 2008, 2010, 2012…

Ce type d’organisation est extraordinaire sur le papier, mais dans le développement de logiciels, il y a toujours des risques de glissement…

Non, parce que si vous suivez les bonnes pratiques, vous pouvez sortir votre produit à n’importe quel moment. Ce qu’il ne faut pas, c’est promettre des fonctionnalités. Il faut absolument découpler fonctionnalités et sorties de produits. C’est la philosophie que nous avons adoptée. Nous développons des fonctionnalités, et quand elles sont prêtes, elles sont publiées en tant que paquet stable dans notre gestionnaire de code, Bazaar. Donc, si les fonctionnalités sont prêtes, elles sortent dans la nouvelle version d’Ubuntu, sinon tant pis. Ce mode de développement était très controversé il y a cinq ans, maintenant, il commence à être adopté, on a établi un modèle d’itérations. On est capable de dire : tous les deux ans, nous publions une version qui sera supportée dans le long terme. Si chacun en fait autant, le test (par exemple gcc, Python…) se résumera à une problématique d’intégration. Et cela ne requiert aucune négociation préalable.

Au final, quel est votre but avec Ubuntu et ses multiples déclinaisons pour entreprise et grand public ?

L’objectif est de rendre justice au travail extraordinaire de tous les développeurs de logiciels libres, en leur proposant un mécanisme de distribution capable de toucher différents publics de différentes façons. Tous les six mois, avec Ubuntu, ils peuvent atteindre 10 millions de personnes, c’est une bonne proposition, non ?

One Response

  1. Dominique De Vito Says:

    C’est ce que fait la fondation Eclipse avec ses développements de projets open source coordonnés. Chaque année, fin juin, la fondation Eclipse délivre une version majeure de son package principal qui est constitué d’une vingtaine (voire peut être plus) de projets maison. Ce qui n’empêche pas la production d’autres livrables à d’autres moments de l’année, pour des scopes plus réduits.

    Cette année, le livrable en question s’appelle Galileo, voir http://www.eclipse.org/galileo/ pour les détails (notamment les projets Eclipse qu’il embarque).

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