Inauguration du ’showroom’ techno de l’Inria à Lille – reportage photo

5:46 Non classé

Chers amis lecteurs, voici mon ultime billet sur ce blog. De façon exceptionnelle, il ne s’agit pas à proprement parler d’un billet de blog, mais bien de l’article que j’ai écrit pour LMI ; toutefois, vous le trouverez ici dans sa version agrémentée de photos. Je ne prétends pas être un bon photographe, mais c’est toujours mieux que rien, non ? Merci beaucoup pour toutes ces années d’informations partagées, et je vous laisse avec un de mes sujets de prédilection : la recherche scientifique.

L’inria a inauguré hier à Lille un centre d’expositions et de démonstrations unique en son genre. Situé sur le tout nouveau pôle Euratechnologies (cf. chiffres-clés, ci-dessous), ce centre se veut un lieu d’échanges entre le monde de la recherche, la société civile et le monde industriel, explique Michel Cosnard, PDG de l’Inria, qui insiste sur la vocation de l’institut à transférer des connaissances. « Ce n’est pas simplement un ‘showroom’ pour montrer nos technologies, il s’agit aussi d’illustrer le métier de chercheur. Nous ne sommes plus au temps où la recherche en informatique au sens large pouvait se résumer, si on caricature, à écrire une équation dans un coin pour développer un algorithme dans un langage ésotérique. Il s’agit aussi de mieux répondre aux demandes des partenaires industriels, d’aller un pas plus loin dans la consolidation des activités de recherche. On ne peut plus se contenter de petits prototypes, il faut aller vers une recherche un peu plus ‘intégrative’. »

Raouti Chehih, directeur d’Euratechnologies, explique qu’il a « fortement sollicité » l’Inria pour que l’établissement vienne s’y installer, mais que ce dernier « a tout de suite répondu présent ». Pôle économique consacré aux NTIC, Euratechnologies occupe un espace de 150 000 m2, auparavant consacré à l’industrie textile. L’élément le plus spectaculaire de cette reconversion est le bâtiment central en brique ocre, architecturé autour d’un immense atrium, et constitué en fait de deux usines réhabilitées.

C’est dans ce bâtiment que le centre Lille – Nord-Europe de l’Inria s’est installé, sur 200m2. Selon le principe d’un échange de bons procédés : Raouti Chehih, qui cherche à attirer PME innovantes, start-up et grands noms des NTIC, ainsi que les établissements de formation, a mis gracieusement les locaux et les services d’infrastructure à disposition de l’Inria. Il bénéficie ainsi du crédit de l’établissement scientifique, qui de son côté s’engage à « faire de l’animation », pour reprendre l’expression de Max Dauchet, directeur du centre Inria – Lille Nord-Europe.

Reprenant le principe des expositions itinérantes, ou rencontres innovation/industrie, l’Inria a installé trois démonstrations, mais de façon permanente cette fois. Ainsi, une cage hérissée de capteurs sans-fil fixes, surmontée d’un train électrique tirant d’autres capteurs, illustre une technologie mise au point par l’équipe Senslab. Chargée de recherche, Nathalie Mitton explique que son équipe a cherché à résoudre deux problématiques : la télédistribution de logiciels vers les capteurs à une large échelle, en se connectant à une simple interface Web, et l’autonomie des capteurs. Parmi les applications visées, Nathalie Mitton cite : « La surveillance des feux de forêt, des volcans, des places de parking pour une gestion plus fine, des interactions entre patients dans un hôpital pour limiter les infections nosocomiales, le monitoring des sportifs, l’observation d’animaux dans la nature à qui on aurait implanté un capteur… »

Parcourir un centre commercial modélisé comme un jeu 3D, tel est l’objet de la deuxième démonstration. Réalisée en partenariat avec une PME locale (Idées-3Com, implantée à la Haute-Borne, à proximité du centre de recherches de l’Inria), mais aussi avec la contribution de chercheurs de l’Université de Lille et du CNRS, elle explore les usages possibles des nouvelles technologies pour le commerce. « C’est le poste de vente dans quelques années », explique Laurent Grisoni, responsable de l’équipe de recherche réalité virtuelle à l’Inria Lille Nord-Europe.

L’image projetée sur un grand écran vient d’une table tactile, qui pourra être manipulée par le commerçant mais aussi par le client. Car à terme, avance Laurent Grisoni, le logiciel sera capable d’évaluer le degré d’habileté de chaque utilisateur par rapport à l’outil et pourra s’y adapter. En plus de la visite virtuelle, il sera aussi possible de procéder à des essayages virtuels, à condition de paramétrer un avatar avec les mensurations du client. Et pourquoi pas d’y associer des étiquettes visuelles (type QRcode) ou sans-fil (tags RFID) sur des objets ou des badges d’identification, afin que le système reconnaisse automatiquement l’objet ou la personne.


La troisième démonstration, une simulation de chirurgie oculaire, est celle qui illustre le mieux l’interdisciplinarité qui a donné lieu à sa naissance : sur une table d’opération est couché Bernard, mannequin réaliste, dont les signes vitaux sont suivis sur un écran. Sur un écran à côté, on peut voir son œil tel que le médecin le voit dans ses lunettes de microchirurgie. Il est donc possible de suivre en direct le travail du scalpel sur l’œil. « Aujourd’hui, rappelle Stéphane Cotin, responsable d’équipe de recherche à l’Inria Lille – Nord-Europe, les risques sont assez élevés dans les premières phases de l’apprentissage. » L’apprenti-chirurgien doit en effet s’exercer sur de vrais malades, sous la surveillance d’un aîné. C’est risqué, dérangeant pour le patient, et en outre, « cela ne permet pas forcément de se confronter à des pathologies complexes ». L’équipe de l’Inria essaie donc de « modéliser le comportement des organes », de façon à fournir « un modèle virtuel mais très réaliste » pour s’entraîner, apprendre, voire préparer une opération.

L’Inria a investi environ 300 000 euros dans ce plateau, et dit ne pas attendre particulièrement de retour chiffré. « Pour nous, une recherche réussie est certes publiée dans les meilleures revues, mais elle est aussi, in fine, transférée vers la société », explique Michel Cosnard. « L’Inria sera content si ce partenariat permet à des entreprises de créer plus d’emploi et d’activité », renchérit Bruno Sportisse, directeur du transfert et de l’innovation. Il y a donc fort à parier que ce plateau de démonstration soit dupliqué ; mais rien n’est encore fixé pour l’instant. De même, les démonstrations évolueront au gré de leur maturité et des enjeux identifiés. « Les plus robustes pourraient être exposées dans le hall d’Euratechnologies, indique Max Dauchet. D’autres iront ailleurs, et certaines iront à la cave… »

Un grand écran de téléprésence et un tableau blanc interactif donnent d’ailleurs la possibilité de communiquer et prolonger cette visite des technologies avec les autres centres de l’Inria. En maître de cérémonie de l’inauguration, Max Dauchet avait prévenu : « Ce plateau, c’est un peu Stargate : quand la société civile y entre, elle a accès à toutes les technologies de l’Inria, cela abolit les distances et le temps. »

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Euratechnologies en chiffres

Pôle économique et technologique, Euratechnologies fait partie d’un vaste programme de réhabilitation, comprenant aussi un projet orienté autour du tourisme et de l’eau, ainsi qu’un volet habitat. Ses 150 000 m2 de bureaux sont destinés à accueillir des acteurs du e-business, de l’édition de logiciels, des télécoms et réseaux et de l’industrie de contenu. Euratechnologies a vocation à accueillir aussi bien des PME que des grands comptes ou des projets de start-up. Un incubateur est prévu pour les projets, sous la forme de « bureaux valises utilisables pendant dix-huit mois », explique Raouti Chehih, PDG d’Euratechnologies. Quatorze sont disponibles aujourd’hui, mais à terme, le plateau de 100 m2 devrait accueillir une cinquantaine de projets par an.
Moyennant 185 euros du mètre carré annuels, les entreprises ont un accès privilégié aux équipements mutualisés (auditorium, studio numérique, etc.), et peuvent accéder aux infrastructures : un emplacement dans une des six salles de 100 m2 du datacenter, plus de la bande passante – sachant que chaque bureau est équipé en fibre optique (FTTD, fiber to the desk) – découpée dans les deux liens à 100 Mbps. La bonne nouvelle, c’est que les habitations bénéficieront aussi du très haut débit. En revanche, « rien n’est prévu pour la voiture », préviennent les chercheurs. Il faudra se rabattre sur le transport fluvial ou le métro. Eh oui, le site a aussi une vocation écologique…

Olivier Rafal

One Response

  1. Vince Says:

    Le voilà donc, le dernier billet. Chapeau pour le sacré boulot que tu as abattu et plein de bonnes choses pour ta nouvelle vie.
    A très bientôt,
    Vince

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