Interviews agiles, release 3
décembre 21, 2007 Interviews, SGBD, langages & développement 3 CommentairesComme promis, la suite de mes interviews consacrées aux méthodes agiles, après celles de Didier Girard et de Claude Aubry. J’ai préféré attendre après la conférence Rencontres agiles pour discuter avec Bernard Notarianni, un des deux organisateurs. Bernard estime qu’au vu du succès de cette première édition, il devrait y avoir d’autres itérations, certainement plus thématiques. Le site Rencontresagiles2007.com sera d’ailleurs rebaptisé, pour ôter ce 2007 dangereusement proche de l’obsolescence.
Bien entendu, après avoir lu cette interview, vous vous direz, comme moi, bon, d’accord, il faut le voir en action. Et surtout en discuter avec M6. Rassurez-vous, c’est prévu, le rendez-vous est booké

Interview de Bernard Notarianni,
consultant chez Octo Technology
Les Rencontres agiles 2007 viennent de s’achever. On aurait pu s’attendre à ce que cette matinée d’information sur les méthodes agiles serve à l’évangélisation, or un rapide sondage de la salle a montré que la majorité des présents était déjà convaincue par leur intérêt. N’est-ce pas un peu dommage ?
Il est vrai qu’on aurait pu faire un effort particulier pour amener des gens qui ne voient pas plus que ça l’intérêt des méthodes agiles. On essaiera peut-être dans les mois qui viennent. Mais pour commencer, on voulait faire quelque chose de très simple, nous n’avons donc pas fait d’effort particulier. Toutefois, c’est toujours un exercice difficile, d’évangéliser quelqu’un qui n’en a pas forcément envie. C’est un peu ce qu’on vit chez les clients, il y a un premier investissement à faire.
Comment les méthodes agiles se sont-elles diffusées au sein d’Octo ?
Octo Technology est comme son nom l’indique très focalisé sur la technologie, et voulait apporter une dimension méthodologique ; l’évolution a été naturelle vers les méthodes agiles. J’ai rejoint Octo pour participer à des projets agiles et avec deux autres personnes qui nous ont rejoints, nous avons constitué un noyau il y a quelques années. Aujourd’hui, lorsqu’on fait des tours de table en interne, l’agilité revient sur toutes les lèvres ; les consultants en contact direct avec les clients veulent faire de l’agile.
Tous vos projets de développement se font-ils en agile ?
Oui, je n’ai pas rencontré de contexte où l’agile n’était pas pertinent. Nous avons aussi une activité de conseil, où on le propose, mais on ne fait pas forcément le développement. C’est ainsi que cela s’est passé pour M6 [dont le DSI adjoint est venu témoigner lors des Rencontres agiles, NDLR].
Lorsque vous proposez de partir sur les méthodes agiles, vos clients ont-ils tendance à accepter cela comme pour vous mettre au défi ?
Non, mais c’est vrai qu’on leur dit qu’il faut le voir pour le croire. Je dirais que tout est question de confiance. A partir du moment où il y a de la confiance, cela tombe sous le sens que ça va marcher. Là où il y a un doute, parfois, c’est justement sur le fait de savoir si on réussira à créer ce climat de confiance. C’est là qu’il y a une rivière à traverser. Quand il y a des enjeux très forts, que le client est un peu dos au mur, il accepte plus facilement de traverser la rivière. Mais l’agilité n’est pas réservée à ce contexte. Rien n’empêche de décider de faire confiance à la personne avec qui on va travailler.
Les témoignages des Rencontres agiles ont tous évoqué des succès. Avez-vous de votre côté connu des ratés ?
J’ai vécu un projet que je considère comme un échec – même si de son côté le client le considère comme une réussite, puisqu’il a été livré dans les temps et dans les délais. Le projet impliquait une centaine de personnes, et était accompagné par plusieurs personnes d’Octo. J’ai introduit des éléments d’agilité : découpage du projet en une dizaine de sous-projets, intégration continue avec livraisons incrémentales tous les deux mois, et forte focalisation sur les tests. Le mécanisme a bien fonctionné, mais j’ai le sentiment qu’on aurait pu aller plus loin. Cela ressemblait à des mini-projets au forfait de deux mois, il n’y a pas eu l’enthousiasme dont parlait le DSI adjoint de M6 lors de la conférence, ça c’est fait dans la douleur. Or, mon objectif dans un projet, c’est de faire en sorte qu’on soit tous fiers de ce qu’on a accompli.
Une question n’a pas vraiment été tranchée lors de la conférence : faut-il adapter la méthode à l’entreprise, ou l’entreprise doit-elle s’adapter à la méthode ? Où placer le curseur ?
Quand je rencontre un client qui parle de tel projet à mener en agile, l’essentiel pour moi, c’est qu’il comprenne que le plus important est l’équipe. La qualité du produit qu’on aura à la fin ne dépendra que de la qualité qu’on aura dans l’équipe. Le curseur est là. Après, il faut donner à l’équipe tous les outils dont elle aura besoin. Et globalement, l’équipe adhère à 90 ou 95% de ce qui est écrit dans le manuel. De toute façon, si l’équipe veut réussir le projet, elle fait ce qu’il faut !
Certaines choses passent-elles particulièrement mal ?
Ce qui a souvent du mal à être implémenté, c’est le pair programming [développement en binôme, NDLR]. Là, c’est à l’équipe de choisir. Certains préfèrent travailler seuls, d’autres à deux.
Il y a toutefois des impératifs à respecter ?
Oui. Premièrement, des itérations courtes. Une période de deux semaines me semble un bon chiffre, à partir de trois semaines, je commence à être mal à l’aise. Car si on n’arrive pas à faire une itération de deux semaines, ce n’est même pas la peine de penser réussir un projet de six mois ! Ensuite, il faut être vigilant sur la qualité, réaliser des tests à chaque étape, surtout les tests de recette en les automatisant à l’aide d’outils comme Fitness ou Green Pepper. Cela permet ainsi de progresser d’itération en itération. Et ce n’est pas seulement le code qui progresse, mais l’équipe entière.



