Attali vs Afdel, réponse d’éditeurs du Libre
janvier 24, 2008 Open Source 4 CommentairesEncore une fois, je me sers du blog pour livrer in extenso les réflexions des uns et des autres. Voici donc, après la réaction de l’Afdel au rapport Attali et à sa “décision 58″, une réponse des bergers à la bergère, aimablement transmise par mon collègue Bertrand Lemaire :
Caricatural par bien des aspects, le communiqué de l’AFDEL méconnaît
manifestement ou déforme volontairement la réalité de l’industrie du
logiciel libre: l’AFDEL y affirme que “là où les entreprises du
logiciel investissent entre 20 et 30% de leur chiffre d’affaires en
R&D, les sociétés de logiciel libre, dont la R&D est très
faible et externalisée, ne sont pas même éligibles aux dispositifs
français d’aide à la recherche (Crédit Impôt recherche ou Jeune
Entreprise Innovante).”Contredisant de façon flagrante et factuelle l’affirmation de
l’AFDEL, les signataires de ce texte sont toutes des entreprises
éditrices de logiciels, qui remplissent chacune au moins un des trois
critères: éligibilité au CIR (Crédit Impôt Recherche), labellisation
JEI (Jeune Entreprise Innovante), consacrer plus de 20% de son chiffre
d’affaire à la R&D. Ces critères objectifs, validés par des
expertises mandatées par le Ministère de la Recherche et par la
participation de certaines entreprises à des projets de recherche
coopérative financé par l’Etat (RNTL, Pôles de Compétitivité…) ou
l’Europe (PCRD, Eureka…), sont la preuve du caractère innovant et
créateur de valeur de l’activité des éditeurs de logiciels libres /
open source.Outre ces allégations infondées contre les éditeurs de logiciels
libres, on peut reprocher au communiqué de l’AFDEL au moins les point
suivants:
- Alors que le rapport Attali veut “promouvoir la concurrence
entre logiciels propriétaires et logiciels libres” en constatant qu’ils
proposent des “avantages différents”, l’AFDEL caricature cette
proposition en la présentant comme “un soutien exclusif et
discriminatoire à un modèle de développement et de commercialisation du
logiciel qui ne participe que marginalement à l’innovation et à la
croissance”.- Alors que la Commission Attali préconise de se fixer pour
objectif que “20% des applications nouvellement développées ou
installées au profit du secteur public [soient issues de l’] open
source” seulement “à l’horizon 2012”, l’AFDEL présente pour sa part les
marchés publics comme d’ores et déjà “fermés à l’industrie du logiciel
propriétaire”.Plus généralement, l’AFDEL dessert plus qu’elle ne sert les
entreprises qu’elle prétend représenter en menant un combat
d’arrière-garde contre une des tendances lourdes du marché de
l’informatique. En effet, selon le Gartner (“Open source impossible to
avoid, Gartner says”, Network World, Sept. 2007) au moins 80% des
logiciels commerciaux contiendront des briques open source en 2011 et
les éditeurs français “traditionnels” qui n’entreprennent pas dès
maintenant de s’appuyer sur le logiciel libre afin de bénéficier de
l’”économie moyenne de 36% en recherche et développement” mise en avant
par le rapport Attali risquent de se voir très fortement marginalisées
d’ici là.Liste des
signataires (par ordre alphabétique):
- AdaCore,
créée en 1996, développe et commercialise GNAT Pro, l’environnement de
développement de référence pour le langage Ada utilisé massivement dans
l’industrie. AdaCore est partie prenante du pôle de compétitivité
System@tic, participe au projet de recherche Européen QualOSS (7ème
PCRD) et bénéficie du crédit impôt-recherche depuis 2006.- Contingences,
éditeur de logiciels libres dans le domaine des logiciels sociaux
dédiés à l’univers santé-social. Contingences a été crée en janvier
2004, est éligible au CIR et labellisée JEI depuis 2005, et consacre
plus de 20% de son CA à la R&D.- Logilab,
éditeur de logiciels libres dans les domaines de la gestion de
connaissances et de l’informatique scientifique a le statut de JEI
depuis 2004 et consacre plus de 20% de son CA à la R&D. Logilab
participe au développement de nombreux logiciels libres et promeut
activement leur utilisation auprès de ses clients.- Mandriva,
éditeur européen de Linux, diffuse et vend dans 150 pays son logiciel
Mandriva Linux traduit dans plus de 80 langues. Mandriva investit de
façon importante dans la R&D, et fait partie de projets PCRD/FP6
comme EDOS, ExtreemOS et Nepomuk, et ITEA comme Energy.- Nexedi
est éditeur de logiciels libres dans le domaine de la gestion
d’entreprise (ERP) dont 80% du CA est effectué à l’export. Nexedi est
éligible au CIR depuis 2005, labellisé JEI depuis 2004 et consacre plus
de 20% de son CA à la R&D. Nexedi recrute des ingénieurs et
chercheurs issus de grandes universités dans 8 pays européens,
asiatiques, américains et africains.- Nuxeo,
éditeur de logiciels libres dans le domaine de la GED (gestion
électronique de documents), est éligible au CIR depuis 2003, labellisé
JEI depuis 2004 et consacre plus de 25% de son CA à la R&D. Nuxeo
est partenaires de plusieurs éditeurs libres et propriétaires qui
embarquent ses technologies dans leurs produits, et réalise plus de 20%
de son CA à l’export.- Wallix
est éditeur de logiciels libres dans la sécurité et la gestion de
l’infrastructure (supervision, gestion des identités, contrôle
d’accès). Wallix a été créée en Octobre 2003, JEI et éligible au CIR
depuis 2004. L’entreprise consacre plus de 20% de son CA en recherche
et développement. Wallix a reçu le soutien d’Oseo Innovation en
Novembre 2007.- XWiki,
éditeur de logiciels libres dans le domaine des outils collaboratifs
innovants, labellisé JEI depuis 2006, leader du projet RNTL de R&D
“XWiki Concerto” en partenariat avec l’INRIA, Telecom Paris, Mandriva
et l’EISTI, consacre plus de 20% de son CA à la R&D. XWiki réalise
plus de 20% de son CA à l’export.

