Attali vs Afdel, réponse d’éditeurs du Libre

2:11 Open Source

Encore une fois, je me sers du blog pour livrer in extenso les réflexions des uns et des autres. Voici donc, après la réaction de l’Afdel au rapport Attali et à sa “décision 58″, une réponse des bergers à la bergère, aimablement transmise par mon collègue Bertrand Lemaire :

Caricatural par bien des aspects, le communiqué de l’AFDEL méconnaît
manifestement ou déforme volontairement la réalité de l’industrie du
logiciel libre: l’AFDEL y affirme que “là où les entreprises du
logiciel investissent entre 20 et 30% de leur chiffre d’affaires en
R&D, les sociétés de logiciel libre, dont la R&D est très
faible et externalisée, ne sont pas même éligibles aux dispositifs
français d’aide à la recherche (Crédit Impôt recherche ou Jeune
Entreprise Innovante).”

Contredisant de façon flagrante et factuelle l’affirmation de
l’AFDEL, les signataires de ce texte sont toutes des entreprises
éditrices de logiciels, qui remplissent chacune au moins un des trois
critères: éligibilité au CIR (Crédit Impôt Recherche), labellisation
JEI (Jeune Entreprise Innovante), consacrer plus de 20% de son chiffre
d’affaire à la R&D. Ces critères objectifs, validés par des
expertises mandatées par le Ministère de la Recherche et par la
participation de certaines entreprises à des projets de recherche
coopérative financé par l’Etat (RNTL, Pôles de Compétitivité…) ou
l’Europe (PCRD, Eureka…), sont la preuve du caractère innovant et
créateur de valeur de l’activité des éditeurs de logiciels libres /
open source.

Outre ces allégations infondées contre les éditeurs de logiciels
libres, on peut reprocher au communiqué de l’AFDEL au moins les point
suivants:

  • Alors que le rapport Attali veut “promouvoir la concurrence
    entre logiciels propriétaires et logiciels libres” en constatant qu’ils
    proposent des “avantages différents”, l’AFDEL caricature cette
    proposition en la présentant comme “un soutien exclusif et
    discriminatoire à un modèle de développement et de commercialisation du
    logiciel qui ne participe que marginalement à l’innovation et à la
    croissance”.
  • Alors que la Commission Attali préconise de se fixer pour
    objectif que “20% des applications nouvellement développées ou
    installées au profit du secteur public [soient issues de l’] open
    source” seulement “à l’horizon 2012”, l’AFDEL présente pour sa part les
    marchés publics comme d’ores et déjà “fermés à l’industrie du logiciel
    propriétaire”.

Plus généralement, l’AFDEL dessert plus qu’elle ne sert les
entreprises qu’elle prétend représenter en menant un combat
d’arrière-garde contre une des tendances lourdes du marché de
l’informatique. En effet, selon le Gartner (“Open source impossible to
avoid, Gartner says”, Network World, Sept. 2007) au moins 80% des
logiciels commerciaux contiendront des briques open source en 2011 et
les éditeurs français “traditionnels” qui n’entreprennent pas dès
maintenant de s’appuyer sur le logiciel libre afin de bénéficier de
l’”économie moyenne de 36% en recherche et développement” mise en avant
par le rapport Attali risquent de se voir très fortement marginalisées
d’ici là.

Liste des
signataires (par ordre alphabétique):

  • AdaCore,
    créée en 1996, développe et commercialise GNAT Pro, l’environnement de
    développement de référence pour le langage Ada utilisé massivement dans
    l’industrie. AdaCore est partie prenante du pôle de compétitivité
    System@tic, participe au projet de recherche Européen QualOSS (7ème
    PCRD) et bénéficie du crédit impôt-recherche depuis 2006.
  • Contingences,
    éditeur de logiciels libres dans le domaine des logiciels sociaux
    dédiés à l’univers santé-social. Contingences a été crée en janvier
    2004, est éligible au CIR et labellisée JEI depuis 2005, et consacre
    plus de 20% de son CA à la R&D.
  • Logilab,
    éditeur de logiciels libres dans les domaines de la gestion de
    connaissances et de l’informatique scientifique a le statut de JEI
    depuis 2004 et consacre plus de 20% de son CA à la R&D. Logilab
    participe au développement de nombreux logiciels libres et promeut
    activement leur utilisation auprès de ses clients.
  • Mandriva,
    éditeur européen de Linux, diffuse et vend dans 150 pays son logiciel
    Mandriva Linux traduit dans plus de 80 langues. Mandriva investit de
    façon importante dans la R&D, et fait partie de projets PCRD/FP6
    comme EDOS, ExtreemOS et Nepomuk, et ITEA comme Energy.
  • Nexedi
    est éditeur de logiciels libres dans le domaine de la gestion
    d’entreprise (ERP) dont 80% du CA est effectué à l’export. Nexedi est
    éligible au CIR depuis 2005, labellisé JEI depuis 2004 et consacre plus
    de 20% de son CA à la R&D. Nexedi recrute des ingénieurs et
    chercheurs issus de grandes universités dans 8 pays européens,
    asiatiques, américains et africains.
  • Nuxeo,
    éditeur de logiciels libres dans le domaine de la GED (gestion
    électronique de documents), est éligible au CIR depuis 2003, labellisé
    JEI depuis 2004 et consacre plus de 25% de son CA à la R&D. Nuxeo
    est partenaires de plusieurs éditeurs libres et propriétaires qui
    embarquent ses technologies dans leurs produits, et réalise plus de 20%
    de son CA à l’export.
  • Wallix
    est éditeur de logiciels libres dans la sécurité et la gestion de
    l’infrastructure (supervision, gestion des identités, contrôle
    d’accès). Wallix a été créée en Octobre 2003, JEI et éligible au CIR
    depuis 2004. L’entreprise consacre plus de 20% de son CA en recherche
    et développement. Wallix a reçu le soutien d’Oseo Innovation en
    Novembre 2007.
  • XWiki,
    éditeur de logiciels libres dans le domaine des outils collaboratifs
    innovants, labellisé JEI depuis 2006, leader du projet RNTL de R&D
    “XWiki Concerto” en partenariat avec l’INRIA, Telecom Paris, Mandriva
    et l’EISTI, consacre plus de 20% de son CA à la R&D. XWiki réalise
    plus de 20% de son CA à l’export.

4 Responses

  1. Olivier Ezratty Says:

    Ce sont de faux débats!

    Le logiciel est maintenant enfoui partout: dans le matériel, dans les services en ligne, en ASP, dans les contenus. Libre ou pas, peu importe. Tout du moins du point de vue de la logique industrielle.

    La promotion du libre n’avait rien à faire dans ce rapport Attali, tout du moins isolée comme cela. L’AFDEL a raison de s’insurger car il n’y a aucun rationnel expliquant pourquoi cela aidera à générer de la croissance.

    Et la seule mesure pour l’objectif “logiciel” de ce rapport, c’est d’encourager le libre, ce qui est une vision partielle et partisane du sujet, qui dépasse de loin le clivage Libre/propriétaire.

    Il aurait mieux fallu parler de logiciels tout court. Comment créer des boites de logiciels qui exportent? Comment les aider au niveau du marché intérieur (btob)?

    Quel est le revenu à l’export des sociétés du logiciel libre françaises? Vs les autres?

    Encourager le libre pourrait avoir un impact macro-économique: réduire éventuellement le poids des importations (vs les Microsoft, Oracle & co). Mais cela ne créérait pas de croissance pour autant. C’est une logique d’acheteur, pas une logique industrielle. Or dans l’industrie du virtuel, il vaut mieux panacher les modèles. Ceux qui réussissent dans le libre sont d’ailleurs souvent “hybrides” : libre + propriétaire.

    Créer de la croissance, c’est créer de la valeur qui se vend et qui s’exporte. Et le libre n’en a pas du tout le monopole dans l’économie du logiciel! Loin de là!

  2. Leopoldo Ghielmetti Says:

    L’erreur serait de croire que tout se résume uniquement dans une question de coûts.
    En plus l’innovation c’est un bien joli mot mais qui malheureusement ça ne veut plus rien dire car trop de monde dit innover mais le plus souvent ne fait rien d’autre que reprendre et améliorer (en premier une certaine société Américaine basée à Redmond).

    Le vrai point de la question c’est la disponibilité de l’information et sa pérennité et ceci ne peut être assuré que par une utilisation massive de standard ouvert et libres. Ensuite sur ces standard ou peut créer une économie saine qui construira de l’information qui sera disponible non seulement pour les 2 ans à venir mais pour toujours.

    Le logiciel libre a cet avantage la dans sa propre nature, toutes ses données sont disponibles et documentées. Les logiciels propriétaires par contre empêchent l’utilisateur d’avoir librement accès à ses propres données sauf en utilisant un logiciel du même producteur. Qu’advient-il de mes données si le producteur de mon logiciel venait à disparaître? Est-ce que dans 20 ans je vais encore trouver la façon de pouvoir lire mes anciennes données (ne serait-ce que pour une recherche d’historique)?

    Pour toutes ces questions la réponse n’est ni dans le coût ni dans l’innovation mais uniquement dans la disponibilité de l’information. Et cette disponibilité est garantie à 100% seulement par le logiciel libre et par les logiciels propriétaires qui respectent des standard ouvert.

    On n’est pas seulement en train de discuter du futur de l’industrie du logiciel Français ou Européen mais du futur de notre système d’information.

  3. Olivier Rafal Says:

    Absolument d’accord avec vous. Pour 1) aider l’économie du logiciel en France et 2) assurer des SI pérennes, des mesures en faveur des éditeurs de logiciels (libres ou non) et en faveur des standards ouverts auraient été plus judicieuses qu’une référence unique au Libre, qui n’aide pas tant l’activité d’édition de logiciels (à bien y regarder, ils sont très peu en France qui, comme OpenTrust, ont réellement une activité d’éditeur) que le service, déjà plutôt bien portant.

  4. iwjcg Says:

    Le seul but de l’AFDEL est de mettre en place les outiuls pour une reglementation de l’edition logicielle

    En fait j’ai eu connaissance de professionels harcelés par ces margoulins uniquement parce qu’ils difusent des logiciels libres , en effet si le vendeur de votre parc informatique vous propose du gratuit open source a la place de licences proprietaire (Open Office , Open Project , Lundi matin Business ,etc).

    Monsieur Ballmer est mecontent de son avatar AFDEL . Je suis pour le respect du droit et la libre concurence , n’en deplais le libre genere de la richesse et un chiffre d’affaire important . Merci pour votre site .

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