Aujourd’hui, j’ai rencontré le nouveau CEO de Progress Software, Rick Reidy. Enfin, rencontré virtuellement, par téléphone, bicose grève sur le RER A. Il ne m’en a pas tenu rigueur : “J’ai vécu deux ans en France, et le premier mot que j’ai appris, c’est ‘grève’ !”
Plus sérieusement, on a pu évoquer ses projets de transformation du groupe. Ces derniers temps, les acquisitions à tout va avaient plutôt brouillé l’écoute. Progress se retrouvait avec beaucoup de technos concurrentes, et il fallait débroussailler pour savoir de quoi on avait besoin pour un problème donné. Désormais, Progress compte proposer des solutions à ces problèmes. C’est l’éditeur qui formulera des propositions s’appuyant sur un ou plusieurs produits.
Pas trop tôt, me direz-vous. Mais bon, au moins, Rick Reidy est concret. Exemple : “On vend beaucoup mieux Actional en expliquant que c’est un produit de “revenue insurance” [supervisant la bonne exécution du chiffre d’affaires] plutôt qu’un produit d’administration des SOA [architectures orientées services]. Même chose avec le CEP [Complex event processing : analyse et corrélation des flux pour accélérer la prise de décision] : nous ne cherchons pas à parler de CEP aux traders, on leur parle d’algorithmes de trading, ou de routage intelligent des ordres… ”
"Streambase offre l’amnestie aux clients d’Aleri/Coral8". Rigolo, comme titre de communiqué de presse, n’est-ce pas ? Quoique. Si on a l’habitude de ce genre d’annonce lorsqu’un acteur d’un marché donné se fait racheter (en l’occurrence, il s’agit d’une fusion/acquisition de Coral8 par Aleri , et Streambase, 3e du marché derrière Tibco et Progress, se dit alarmé par le nombre de clients qui devraient réécrire leurs applications…), on ne peut s’empêcher de penser que cela ajoute bêtement du FUD (Fear, uncertainty and doubt ; peur, incertitude et doute) alors que le marché du CEP (Complex event processing) a au contraire besoin de davantage d’exposition et d’explications.
Voilà longtemps que je traite le sujet , parce que je pense qu’il s’agit d’une technologie d’avenir. C’est un débouché naturel, par exemple, pour des projets SOA/BPM qui peineraient à trouver leur justification métier. Et dans un monde où tout va de plus en plus vite, où les événements et les objets numériques se multiplient de façon exponentielle, je ne vois pas comment on pourrait constituer un système d’information réactif sans s’y intéresser (le monde de la finance et le monde de la logistique sont d’ailleurs les premiers clients).
Cela n’aura pas échappé aux plus sagaces d’entre vous : Anne Thomas Manes, vice-présidente du cabinet d’analyse Burton Group (et ex-CTO de Systinet), a prononcé l’avis de décès des SOA. Dans un billet de blog intitulé « SOA is Dead; Long Live Services » , Anne Thomas Manes prononce l’oraison funèbre des SOA, passées de vie à trépas le 1er janvier 2009, victimes de la crise économique.
Bien évidemment, si je dis que l’idée d’un tel billet me trottait dans la tête depuis un bon moment, on va me traiter d’opportuniste. Mais le fait est : SOA ne fait plus recette. Ces trois lettres sont devenues synonymes de projets trop lourds, trop ambitieux, trop longs, sans résultat appréciable par les utilisateurs (dommage pour les éditeurs qui ont beaucoup misé sur le terme).
Pour Anne Thomas Manes, les architectures orientées services ont demandé aux entreprises tellement de dépenses et débouché sur si peu de résultats spectaculaires que la récession économique ne peut que leur être fatale. Lire la suite…
L’info au moment où on l’a : Thomas Kurian, le responsable du middleware chez Oracle, propose en ce moment un webcast sur la stratégie d’Oracle suite à l’acquisition de BEA. L’information principale : le serveur d’applications Java retenu est celui de BEA. Des éléments du serveur d’Oracle y seront ajoutés (le mapping O/R avec Toplink, par exemple), et les clients de l’offre progicielle d’Oracle n’auront pas à migrer, mais la décision a été prise.
Les ESB seront fusionnés, ainsi que les outils de gestion des processus (BPM) et les gestionnaires d’événements (CEP). Côté développement, les éléments de BEA Workshops seront introduits dans un tout nouveau "Eclipse pack" qui sera fourni gratuitement avec Oracle JDeveloper.
Je ferai bientôt un article avec des précisions complémentaires !
L’avantage d’être sur place à la conférence Impact de Las Vegas (par respect envers le public à la sensibilité exacerbée qui pourrait fréquenter ce blog et eu égard au fait que je suis actuellement dans un pays encore traumatisé par le sein de Janet Jackson, je vous passe les inconvénients), c’est que j’ai pu, après la conférence inaugurale, titiller le responsable de l’offre sur le thème : bon, la convergence CEP et SOA, c’est bien gentil, tout le monde en parle depuis longtemps, mais qu’en est-il dans les déploiements ?
Courant juin, IBM a tenu un SOA Summit à Paris à destination de quelques partenaires et clients triés sur le volet. C’est à cette occasion que j’ai pu rencontrer Steve Mills , "Senior Vice President and Group Executive of IBM Software". En clair, le responsable de l’ensemble de la stratégie d’IBM en matière de logiciels (ou monsieur 16 milliards de dollars - mieux que Steve Austin ).
Nous avons commencé à parler de l’initiative Information On Demand , puis nous avons enchaîné sur sa vision des SOA, la stratégie "pure-player" d’IBM par rapport à celle d’Oracle ou SAP, de l’accès à l’information et de l’interface utilisateur possible (Ajax ? Eclipse RCP ?…). Pour conclure, quelques mots sur le processus de standardisation de Java, alors que nous étions en plein suspense insoutenable sur le possible passage de Java en Open Source. Un jour .
Pour ma part, ce que je retiens de cet entretien, c’est d’une part la vision d’une architecture d’entreprise bâtie autour d’une épine dorsale la plus automatisée possible (ce qui me conforte, à vrai dire, par rapport à l’article que j’avais écrit sur le complex event processing), et d’autre part la volonté de proposer des alternatives quelles qu’elles soient au client lourd de Microsoft.
Une mauvaise langue ajouterait qu’il n’y a en revanche aucune volonté de simplifier la lecture de la gamme logicielle d’IBM pour résoudre tel ou tel problème en matière de SOA, et qu’il faudra toujours des consultants sévèrement euh… armés pour assembler le tout et répondre ainsi aux besoins des clients. Mais chacun sait que je ne suis pas mauvaise langue.
Entretien avec Steve Mills, patron d’IBM Software :
- une version courte est en ligne ici ;
- pour les courageux, voir la version intégrale dans la suite de ce billet !
Mon indignation sur l’appellation Web 2.0 n’est pas encore retombée que Gartner et Oracle entreprennent de nous taper sur la tête à coups de SOA 2.0. Dédicade à destination des allergiques aux acronymes : à en croire Gartner, SOA 2.0 = SOA (architecture orientée services) + EDA (architecture guidée par les événements). Dès que Gartner a sorti le terme, Oracle s’est fait fort de l’employer pour lancer sa dernière offre middleware en profitant du buzz.
Visiblement, comme le rapporte Pierre Tran qui cite la pétition "Stop the madness ", je ne suis pas le seul à lever les yeux au ciel devant cette tentative de reprendre l’avantage marketing au détriment de la compréhension des entreprises.
Pour mémoire, à un moment, certains ont opposé EDA et SOA, alors que cela n’a aucun sens. Forcément, un événement est l’élément déclencheur d’un processus ; cet événement pouvant être lui-même dû à un autre processus… En outre, dans un monde où tout va de plus en plus vite, où le nombre d’événements se multiplie de façon exponentielle (pensez à une palette de cartons passant dans un portique RFID, par rapport à chaque article scanné à la main ; pensez à la vitesse et au nombre des transactions bancaires aujourd’hui), il est évident que le traitement automatisé des événements devient une nécessité. Et je ne vois pas en quoi cela excluerait une SOA… Au contraire, nombre d’éditeurs comme Tibco, Progress ou WebMethods, pour ne citer qu’eux, ont déjà commencé à intégrer les deux, dans des solutions qui relèvent de la SOA pour l’aspect architectural et de l’ESP (Event streaming processing - ou du CEP, complex event processing) pour l’aspect technique. De fait, chaque approche est complémentaire, et requiert un couplage lâche entre les différents éléments. Ainsi que des outils d’orchestration et des gestionnaires de règles. Comme le soulignait Jason Bloomberg , consultant de Zapthink, en 2004, ce distinguo entre SOA et EDA est malsain - il ne fait qu’engendrer du FUD (peur, incertitude et doute) : "While service-oriented architecture (SOA) seems to be on everybody’s lips
these days, some vendors and analysts are proposing an alternative
approach known as event-driven architecture (EDA). Some camps even go
so far as to say that SOA and EDA are competitive, mutually exclusive
concepts, and that enterprises have to choose between one or the other,
casting fear, uncertainty, and doubt (FUD) into the decision-making
processes of IT architectural committees far and wide. "
Alors prétendre maintenant être le premier à avoir eu l’idée d’associer les deux et baptiser ça 2.0, je trouve ça moyen.