L’agilité, c’est bon, mangez-en !
Bon, au moins, si vous n’êtes pas un expert en méthodes agiles (enfin, même si vous en êtes un, après tout), mais que vous vous intéressez à la façon dont on peut améliorer à la fois la productivité et la qualité des projets de développement, je vous invite à vous pencher sur le sujet. Et à venir aux Rencontres agiles 2007, organisées par Didier Girard et Bernard Notarianni.
J’avoue - un peu honteusement - que nous n’avons pas consacré beaucoup d’articles à ce sujet. Ceci dit, nous sommes aussi, en quelque sorte, tributaires de l’actu. Or, il y a une actu : ce séminaire gratuit du 18 décembre. J’ai donc sauté sur l’occasion pour apporter ma pierre à l’édifice.
Je vous propose en premier lieu une interview de Didier Girard qui, sous sa casquette de directeur technique de Sfeir, a mis sur pied une équipe agile pour répondre aux demandes de certains clients. Suivront un entretien avec Bernard Notarianni, et avec Claude Aubry, qui interviendront aussi lors des Rencontres agiles. Je compilerai le tout sur le site, mais j’offre la primeur aux plus agiles de mes lecteurs, ceux qui viennent sur le blog

Interview de Didier Girard
Quels sont les bénéfices des méthodes agiles ?
Les bénéfices sont étonnants. L’objectif est de maximiser la valeur : le budget investi par l’entreprise reste identique à celui d’un projet classique, mais on optimise le retour sur investissement. Avant de le vivre, j’avais du mal à l’imaginer. Le périmètre fonctionnel du projet n’est pas forcément défini au départ : on délivre au bout de 15 jours, donc le client peut remettre en cause son périmètre tous les 15 jours. Mais au moins cela part rapidement en production, et le client est content. On a vu des gens applaudir, il y a même de la jalousie de la part des utilisateurs non concernés par le périmètre et qui voient l’application sur le poste de leurs collègues, je n’avais jamais vu ça.
Pouvoir remettre un projet en cause aussi souvent n’a-t-il pas des implications sur son architecture ?
A partir du moment où on respecte disons les normes de câblage et de plomberie, bref l’état de l’art, le périmètre peut être remis en cause. Mais de toute façon, les fondements sont rarement remis en cause dans un projet.
Les méthodes agiles sont-elles accessibles à tous ?
Eh bien, tout le monde ne peut pas intervenir dans un projet agile. Il faut être capable de se remettre en cause, d’accepter la critique. Les méthodes agiles impliquent le devoir de s’améliorer. Un projet agile démarre tous les matins par une réunion où on se pose trois questions : ce que j’ai fait hier, ce que je vais faire aujourd’hui et si j’ai des problèmes. Si quelqu’un tire au flanc, cela se verra très vite. Idem pour quelqu’un qui a du mal à avouer qu’il a des difficultés. L’important pour le client n’est donc pas le choix de la SSII mais celui de l’équipe. Au sein de la SSII, je sélectionne les profils capables de mener l’équipe au succès.
Dans la mesure où une SSII gagne de l’argent sur les avenants au contrat dans le cadre d’un projet au forfait, quel est l’intérêt de passer à des méthodes agiles ?
Il y a un risque dans la mesure où on peut être sorti à tout moment - à la fin de chaque itération, en fait. En revanche, contrairement au forfait, il n’y a pas de prise de risque budgétaire. Si on livre effectivement en temps et en heure, et avec de la qualité – auditée par un cabinet externe – alors c’est ‘win-win’, pour le client et la SSII.
Du coup, tous les clients devraient s’emparer de cette méthode ?
Nous le proposons, mais tous les clients ne sont pas mûrs pour cette approche. Dans certains comptes, les interlocuteurs n’ont pas assez de poids pour remettre en cause la façon de travailler. C’est une méthode très responsabilisante : ce que le client aura, c’est ce qu’il aura demandé. Il faut assumer le fait que certaines fonctionnalités viendront en dernier, voire ne sortiront pas. Il faut aussi mettre en place des bonnes pratiques, que la recette, par exemple, soit rapide : si cela doit durer toute une journée, que fait l’équipe pendant ce temps ? Il faut donc automatiser la recette, éventuellement en créant les jeux de tests à partir des spécifications formelles. Il faut outiller l’agilité, sinon cela ne fonctionne pas.
Tout projet peut-il être candidat aux méthodes agiles ?
Certains disent que tout peut y passer. Pour moi, ce n’est pas tant un problème de taille du projet que de taille de l’équipe. On ne butera pas sur la méthode elle-même, mais sur la constitution de l’équipe. Si 100 personnes y adhèrent, il n’y a pas de problème ; on peut ensuite découper en équipes plus réduites. Il faut reconnaître qu’aujourd’hui, les succès en France sont plutôt avec des équipes d’une dizaine de personnes.