[Mise à jour du 16/01/2008 : ça y est, c’est fait !]
Suite de mes entretiens sur BEA-Oracle (et ça risque de m’occuper un moment, cette histoire, vu la chaude ambiance entre les instances dirigeantes des deux éditeurs…). J’ai eu Henry Peyret (analyste senior chez Forrester) au téléphone, voici notre entretien :
Comment vois-tu un éventuel rachat de BEA par Oracle ?
Cela représente un tel recouvrement que ça va être difficile, cela veut dire beaucoup de rationalisation, et donc pas de valeur ajoutée pour les clients. Cela permet simplement à Oracle de grossir rapidement et de contrer un adversaire, comme le pense Massimo. On peut même reprendre cette idée et la pousser plus loin : cela permet de contrer SAP, un peu en retard avec sa plateforme middleware, et qui avec BEA aurait eu une plateforme au top. C’est le bon moment, sachant que SAP aurait eu du mal à intégrer deux acquisitions en même temps.
Cependant, BO continuera d’exister de façon autonome, donc on peut penser que cela ne serait pas si compliqué…
Oui, mais il y a quand même du recouvrement avec SAP BW.
Et SAP aurait eu l’argent nécessaire pour acheter BEA en plus de BO ?
SAP a énormément d’argent en banque. Cependant, il essaie généralement de ne pas payer trop cher (à cet égard, BO est un peu l’exception qui confirme la règle). C’est pourquoi par exemple Retek leur est passé sous le nez.
Dans tous les cas, tant que l’avenir de BEA n’est pas réglé, l’éditeur risque de ne plus vendre de nouvelles licences…
Oui, c’est tout le danger.
Du coup, est-ce envisageable qu’il se retire du marché ?
Il faudrait qu’ils aient beaucoup plus d’argent que ce qu’ils ont. Leur jeu est plutôt de faire monter les enchères, et d’attendre un sauveur, un cheval blanc. L’indépendance de BEA, j’y crois de moins en moins. Cela fait quelques mois qu’on pense qu’ils n’ont pas pris le bon virage, il aurait fallu être plus agressif dans les rachats.
Qui pourrait proposer une offre concurrente à celle d’Oracle ?
IBM pourrait être intéressé par les parts de marché et quelques technologies : je pense notamment à la machine virtuelle Jrockit, et à des offres spécifiques pour le monde de la finance ou celui des télécoms. On a parlé de HP, mais chez Forrester on n’y a jamais vraiment cru. Il y a Sun aussi, qui pourrait être intéressé.
Sun a pourtant racheté Seebeyond il n’y a pas si longtemps.
Oui, mais le recouvrement n’est pas énorme, cela ferait beaucoup de sens. Enfin, il y a Cisco. Comme le rappelle John Rymer [vice-président et analyste principal de Forrester, NDLR], John Chambers [le patron de Cisco, NDLR] dit souvent que le futur de Cisco est dans le logiciel. Cisco a une offre relativement peu connue dans les « dynamic business apps ». Cela ferait beaucoup de sens, d’autant qu’ils cherchent à intégrer des briques applicatives dans les routeurs.
Computer Associates ou Fujitsu pourraient aussi racheter ?
Je ne suis pas certain que CA soit le meilleur cheval. Quant à Fujitsu, on n’y croit pas beaucoup. On a rarement vu une société japonaise vendre du logiciel aux Etats-Unis, or vu la répartition du chiffre d’affaires de BEA, ce serait mettre une croix sur une grande part du revenu.
Le meilleur parti pour BEA pourrait donc bien être Cisco ?
Eh bien, on n’a jamais vu non plus Cisco racheter une société aussi importante et continuer le business. Il y aura certes des synergies au niveau technologique, mais cela ne veut pas dire qu’il y aura automatiquement des synergies au niveau des ventes, par exemple. On ne vend pas des logiciels comme on vend des boîtes.