Rencontre avec Mark Shuttleworth, papa d’Ubuntu, ancien touriste de l’espace

Interviews, Open Source, SGBD, langages & développement 1 Commentaire

Des créateurs de start-up qui font fortune, j’en rencontre un paquet. Mais je crois que la palme du mec le plus énervant revient à Mark Shuttleworth . Il a eu l’idée de fonder une boîte délivrant des certificats électroniques pour le Web alors que celui-ci était encore balbutiant, boîte qu’il a revendue 4 ans plus tard pour un demi-milliard à Verisign… Avec cet argent, il a pris un billet pour l’espace (Wikipedia le classe même comme cosmonaute )… puis a fondé Canonical, qui livre aujourd’hui une des distributions Linux les plus populaires, Ubuntu . Et vous voulez savoir le plus énervant : ce garçon charmant a fait tout ça alors qu’il est plus jeune que moi  - qui n’ai même pas de Rolex, c’est dire.

Bref, quand j’ai su que Mark Shuttleworth allait s’exprimer lors de l’Open World Forum , j’ai sauté sur l’occasion de pouvoir discuter avec lui. Il m’a accordé 10 minutes. Voici l’entretien : Lire la suite…

Parlons du Libre… librement

Non classé, Open Source 4 Commentaires

Voilà longtemps que ça ne m’était pas arrivé. Me faire incendier par un militant à propos d’un article sur le logiciel libre. Cela m’a rappelé mes premiers pas dans la presse informatique, lorsque je me faisais insulter si par malheur j’osais élever la moindre critique contre un produit Apple. Ah, c’est sûr, tant qu’on écrit des articles pour signaler des accomplissements dans le monde du Floss (Free/Libre et Open Source Software), tout va bien. Lire la suite…

Economie du Libre : Attali vs Afdel

Open Source 1 Commentaire

Je suis en train d’écrire un article sur le sujet, mais afin que chacun puisse se faire une idée, voici côte à côte (enfin, verticalement, mais quand même) les positions du Rapport Attali et celles de l’Afdel sur l’économie du Logiciel Libre en France.

Extrait du rapport Attali :

OBJECTIF Renforcer le secteur du logiciel
Dans l’univers de l’interconnectivité généralisée, la valeur migre de l’exploitation des infrastructures de réseau, métier traditionnel de l’opérateur de télécommunications, vers les logiciels de traitement de l’information échangée.
Aussi, le secteur du logiciel représente un enjeu stratégique en matière de recherche, d’innovation, de croissance et d’exportation. En France, il concerne 2 500 PME innovantes dans un marché dominé très largement par l’industrie américaine (14 éditeurs américains et un allemand dans les 15 premiers mondiaux).

DÉCISION 58
 Promouvoir la concurrence entre logiciels propriétaires et logiciels
« libres ».
Le patrimoine d’applications dites « libres » ou « open source », créées par une communauté active, représente l’équivalent de 131 000 années/hommes, dont pratiquement la moitié provient de programmeurs européens. Si le coût virtuel en est de 12 Md €, le coût réel est de 1,2 Md € et les communautés de logiciels libres s’engagent gracieusement à proposer en continu des améliorations et
des applications. Le logiciel libre induit une économie moyenne de 36 % en recherche et développement pour les entreprises utilisatrices.
Il permet de créer une concurrence pour les logiciels propriétaires, dont les avantages sont différents. Leur part de marché n’est aujourd’hui que de 2 % (avec une croissance annuelle de 40 %) contre 98 % pour les logiciels dits « propriétaires ». Pour développer la concurrence, une série d’actions est nécessaire :
• Promouvoir la concurrence entre les logiciels propriétaires et les logiciels libres dans les appels d’offres, notamment publics. Un objectif de 20 % des applications nouvellement développées ou installées au profit du secteur public en open source pourrait être fixé à l’horizon 2012.
• Considérer fiscalement, comme aux États-Unis, les aides aux communautés des logiciels libres comme du mécénat de compétence.
• Exiger, à un niveau européen dans le cadre de la politique de la concurrence entre solutions logicielles, la fixation de normes internationales garantissant l’interopérabilité entre logiciels libres et les logiciels propriétaires, en priorité.

La réaction de l’Afdel :

Paris, le 23 janvier 2008.
En défendant la promotion exclusive et discriminatoire du logiciel libre, la Commission Attali fait manifestement, à l’inverse de nos partenaires européens, le choix du désinvestissement dans l’innovation ! Un parti pris jugé pour le moins iconoclaste par l’AFDEL, mais qui pourrait surtout à terme fragiliser davantage le cœur et le moteur de l’écosystème français des Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) : l’industrie française du logiciel.

La Commission Attali tourne le dos à l’innovation
A l’heure où la France subit un décrochage prolongé vis-à-vis de ses voisins européens en Recherche et Développement privée (R&D), la 58e proposition de la Commission Attali apporte de façon étonnante son soutien exclusif et discriminatoire à un modèle de développement et de commercialisation du logiciel qui ne participe que marginalement à l’innovation et à la croissance. En effet, là où les entreprises du logiciel investissent entre 20 et 30% de leur chiffre d’affaires en R&D, les sociétés de logiciel libre, dont la R&D est très faible et externalisée, ne sont pas même éligibles aux dispositifs français d’aide à la recherche (Crédit Impôt recherche ou Jeune Entreprise Innovante). Reposant économiquement sur un modèle de service, le logiciel libre n’a ainsi, de l’avis des spécialistes, pas débouché à ce jour sur des innovations de rupture. La plupart de ses produits phare s’avèrent des clones –parfois améliorés - de produits déjà existant sous modèle propriétaire. La valeur ajoutée du modèle open source résidant davantage dans une stratégie commerciale qui vise à faire tomber les barrières à l’entrée, en déplaçant le prix du produit vers le service.
De la R&D virtuelle à la croissance virtuelle ?
Lorsque la Commission Attali évoque alors un investissement « virtuel en R&D de 12 Mds€ » au sujet du logiciel libre qui ne représente… que 2% du marché, l’AFDEL craint que la croissance attendue ne soit également virtuelle…Plutôt que d’évoquer la création de valeur, de richesses et d’emplois, le rapport évoque « des communautés en logiciels libres qui s’engagent gracieusement », oubliant de mentionner au passage que ces communautés sont en réalité composées des salariés des universités ou des entreprises informatiques. L’enjeu est le développement des emplois de nos chercheurs et développeurs, et non leur réduction…
Une stratégie coût plutôt qu’une stratégie d’investissement !
Plutôt que de tabler sur le gisement de croissance (8% en moyenne en 2007, 12% pour le Top 100 ) dont sont porteuses les 2500 entreprises françaises du logiciel qui emploient 60 000 personnes, la Commission Attali privilégie étonnamment une stratégie de coûts. Une stratégie qui table sur l’économie présupposée dans l’équipement des entreprises en logiciels qu’apporterait le choix de l’open source. Plutôt que d’être conçues comme un facteur d’amélioration de la productivité et des process en entreprises, les TIC sont ici conçues comme une charge ! Est-il besoin de rappeler que la contribution des TIC à la croissance est déjà deux fois moindre en France qu’aux Etats-Unis…
Un signal négatif au monde universitaire
C’est donc un signal négatif qui est donné à notre recherche publique dont la valorisation des talents fonctionne au ralenti par rapport à l’écosystème universitaire anglo-saxon. La propriété intellectuelle est pourtant bien le socle de cette économie de l’immatériel. Un déficit que soulignait il y a peu le rapport Lévy-Jouyet sur l’immatériel qui lui « recommandait de mettre en place un plan d’accompagnement des efforts de l’industrie du logiciel dans les domaines de la formation initiale, de l’internationalisation, de la R&D et de l’image de l’industrie (..) afin de faciliter le doublement du chiffre d’affaires d’une quinzaine de sociétés dont il est inférieur à 15 M€. ».
Les marchés publics fermés à l’industrie du logiciel propriétaire
La Commission prône enfin une accentuation de la discrimination dont pâtissent déjà les 2500 entreprises françaises dans leur accès aux marchés publics ! Une situation, contradictoire avec les règles des marchés publics, qui ferme de facto la porte de beaucoup de marchés publics à l’immense majorité des start-up et PME innovantes qui ont fait le choix du modèle propriétaire comme unique modèle susceptible de financer leur R&D. De la même manière, toute interopérabilité ne profiterait au marché et à la croissance, que si elle était conçue sur une base multiformats et en adéquation avec les standards existant sur le marché, sauf à définir alors une économie administrée des TIC.
L’Association Française des Editeurs de Logiciels souhaite en conclusion que la France sorte définitivement de ce débat stérile et franco-français qui veut opposer les différents modèles. L’heure étant plutôt aujourd’hui à la convergence des modèles et de leurs acquis. La vraie question est : Comment développer nos capacités de R&D en France et en particulier dans les TIC ? Comment mieux transformer ces innovations en valeur ? Comment enfin aider nos entreprises à croître et à devenir les champions de demain, quel que soit le modèle économique retenu…

Mise à jour : voir aussi la note suivante, sur la réaction d’éditeurs de logiciels libres

Règlements de compte chez les SSLL

Open Source 2 Commentaires

Peut-être le monde merveilleux des Logiciels libres existe-t-il bel et bien. En tout cas, côté sociétés de service en logiciels libres (SSLL) et apparentées (les SSLL tellement spécialisées qu’elles en deviennent des éditeurs de solutions), cela relèverait plutôt de Dallas. Relations incestueuses (je parle de capital et de fréquentations dans les cercles autorisés, restons sobres), petites phrases assassines, rien ne manque à part les puits de pétrole.
J’ai pu mesurer au début de l’année, déjà, en préparant le dossier à l’occasion de Solutions Linux, combien les relations entre le patron de Linagora - l’infatigable rassembleur de SSLL au sein de son ASS2L (Association des SSLL) puis de la Fnill (Fédération des industries du logiciel libre), j’ai nommé Alexandre Zapolsky - et celui d’IdealX, Olivier Guilbert, étaient fraîches. Pour rappel, voir notre dossier "Quel avenir pour les SSLL et salons spécialisés de l’Open Source ? "
Cette fois, alors que le torchon finissait de brûler entre Mandriva et Linagora, le patron du premier, François Bancilhon, déplorant que l’Assemblée nationale ait fait le choix d’Ubuntu (soutenu par Linagora et Unilog) pour équiper les PC des députés (voir sur son blog ), c’est le patron d’IFR Linux Conseil, Jean-Noël de Galzain, qui en remet une couche avec une "lettre ouverte aux membres de la communauté des Logiciels libres".
Je la publie ci-dessous. Non sans vous dire que je me suis posé la question sur la nécessité de publier ce courrier, au risque de me faire accuser à mon tour de vouloir jeter de l’huile sur le feu (salaud de journaliste !).
En l’occurrence, je crois qu’il est normal de le faire. J’ai toujours traité le sujet des logiciels libres comme un sujet normal, avec la même approche que pour les autres logiciels/éditeurs/SSII, en me posant des questions de type : quel intérêt cela peut avoir pour le lecteur ? est-ce que ça l’aidera dans son travail ? quel est le degré de confiance qu’on peut accorder à la technologie ? quelle est la part du marketing et celle de la réalité ? est-ce que cela soulève des problèmes organisationnels ou juridiques ? etc. J’ai donc très tôt, au sein de la rédaction du Monde Informatique, imposé la présence de solutions Open Source au sein des tableaux des offres - avec des commentaires appropriés.
Bien sûr, nos commentaires sur l’Open Source nous ont parfois valu des volées de bois vert de la part de certains lecteurs, qui ne nous trouvaient pas assez partisans (j’imagine que les mêmes doivent pester actuellement contre le manque d’objectivité des journalistes de la presse généraliste à propos des présidentielles).
Pour en revenir à la lettre ouverte, je trouve 1) qu’il est intéressant de montrer qu’il y a des opinions différentes dans le monde du LL, et 2) que l’argumentaire de Jean-Noël de Galzain est empreint de bon sens. On a vu avec Bull ce que la politique de préférence nationale pouvait donner en termes de compétitivité, de croissance ou de pérennité (oui, Bull est encore un acteur important, mais eu égard à son histoire, la place qu’il occupe est dérisoire). Pour réussir en France dans les NTIC (on peut le regretter, certes…), il faut très rapidement, aujourd’hui, obtenir une posture internationale (cf. Netvibes), ou à défaut être soutenu par des grands comptes. Des conditions qui favorisent l’émergence d’une grande communauté, et mettent donc à la fois l’éditeur/SSLL et son client dans une meilleure position, non ?
(Juste pour équilibrer le propos : l’argumentaire de François Bancilhon sur le thème des modèles économiques est déjà plus pertinent ! Il nous en reparle dans notre actu du jour .)

Pour voir la lettre ouverte de Jean-Noël de Galzain, c’est ci-dessous !

Lire la suite…

Podcast de François Bayrou sur les logiciels libres

Open Source 2 Commentaires

François Bayrou au salon Solutions Linux. D’aucuns appelleront cela de l’opportunisme ou de la récupération politique. A la rédaction, nous sommes plutôt heureux de voir des hommes politiques s’intéresser au monde de l’informatique. J’ai donc envoyé Vincent Delfau sur le salon avec la mission délicate d’intercepter le candidat à la présidentielle pour lui poser quelques questions. Mission brillamment accomplie, merci Vincent.
Sur le fond, pas grand-chose de neuf par rapport à ce que le candidat avait exprimé lors de la conférence Le Web 3. On pourra apprécier en revanche le fait qu’il considère le Libre également sous l’angle de son développement, et partant de son processus participatif (oups ;-) collaboratif de mise au point. Une méthode qui peut être réutilisée ailleurs, et qui prépare les jeunes générations à collaborer plus efficacement. Et pas seulement en informatique, il faut l’espérer.
On pourra aussi noter que M. Bayrou a besoin d’un formateur pour lui montrer ce que Mozilla peut lui apporter. Tristan, si tu écoutes ;-)

Dossier Open Source dans LMI et Tristan Nitot

Open Source Pas de commentaires

D’abord merci à Tristan qui nous fait l’honneur de lire à la fois le site lemondeinformatique.fr et l’hebdomadaire papier. A l’occasion du salon Solutions Linux, ce dernier a publié un dossier reprenant les propos de divers DSI sur leur perception et leur utilisation de l’Open Source.
Tristan félicite le journal mais s’interroge : “pourquoi s’entêter à dire Open Source alors qu’on a en français l’expression logiciels Libres, qui a le mérite d’être 1 - en français, et 2 - sans équivoque ? (Qu’en anglais, on évite free software pour éviter la confusion entre liberté et gratuité, je comprends, mais en français ?)”
Ne faisant plus partie de la rédaction de l’hebdo, je ne peux répondre pour eux. Je peux néanmoins apporter un éclairage : des lecteurs très pointilleux nous ont suffisamment interpelés pour que nous fassions à notre tour très attention à cela. Comme le souligne régulièrement la FSF, l’expression “logiciel libre” est beaucoup plus restrictive que celle d’Open Source, définie pour sa part par l’OSI. Et de fait, les DSI, qui à mon avis se fichent pas mal pour la plupart des débats internes au monde de l’Open Source (sur la philosophie du Libre), regardent les logiciels sous l’angle Open Source, dans le sens “non couvert par une licence propriétaire”.
En espérant avoir répondu. Et si vous voulez une réponse de la part d’un journaliste-blogueur de l’hebdo, interrogez mon camarade Bertrand Lemaire.

Firefox 2, la soirée en son et en images

Open Source 7 Commentaires

Si vous vouliez voir des partisans voire des militants de l’Open Source applaudir à tout rompre un homme politique socialiste, c’était hier à la soirée de lancement de Firefox 2 au Conseil régional d’Ile-de-France qu’il fallait être. Si vous vouliez écouter Jean-Paul Huchon , parler de FTTH (fiber to the home), c’était là qu’il fallait être. Et si vous vouliez voir comment on passe une soirée sympathique même sans champagne et sans traiteur hyper-chic, c’était là… Maintenant que je vous ai bien fait regretter d’être resté sur file d’attente (seul un tiers des quelque 1450 inscrits a pu participer - Tristan me disait que c’était la plus grosse fête mondiale pour la sortie de Firefox), voilà de quoi me faire pardonner.

D’abord, quelques infos et premières impressions sur Firefox 2 (en essayant de ne pas marcher sur les pieds de Bertrand Lemaire , qui ne m’a pas laissé grand-chose à dire…).

Comme l’a dit Tristan Nitot , le président de Mozilla Europe, lors de la conférence de presse précédant la soirée elle-même, "par rapport à la 1.5, l’apparence est plus jolie mais ça ne saute pas aux yeux… et c’est une excellente chose". Pour lui, le navigateur doit s’effacer "au profit du contenu de la page". Il y a donc quelques améliorations pratiques, comme la possibilité de faire défiler les onglets ou, paraît-il, de restaurer un onglet fermé par erreur (pas encore vérifié : mon "undo" a effacé ce que je venais d’écrire), ou de prévenir l’utilisateur qu’il est victime d’une tentative de phishing. On notera aussi les suggestions de recherche, dont il faudra voir l’utilité à l’usage (Bertrand a eu du mal à se remettre de sa crise de rire en voyant les suggestions pour Tristan Nitot - voir sa photo).

Je trouve par ailleurs l’implémentation de WhatWG DOMStorage très intéressante sur le papier, puisqu’il s’agit de faire en sorte que le navigateur puisse se transformer en véritable outil d’édition (avec session cliente et persistance des données), en rapport notamment avec des sites Ajax. Là aussi, il faudra voir ce qu’il est possible de faire, et notamment si Microsoft accordera son violon à cette spec. J’étais étonné en revanche de ne pas voir mis plus en avant l’outil de création de client riche, XUL , cela aurait eu du sens.

Pour des compléments d’infos, voir le comparo réalisé par notre confrère américain PC World (groupe IDG) et l’article de Pierre Tran pour les développeurs .

Après tout ça, place au fun avec quelques photos de la soirée.

Lire la suite…