Cette semaine, j’étais convié avec quelques confrères à venir poser des questions à Scott McNealy, cofondateur de Sun, de passage à Paris. Une invitation qui ne se refuse pas (quoique, si on m’avait dit avant que c’était sur une péniche transformée en réfrigérateur, j’aurais hésité…) (d’ailleurs, même Scott McNealy, qui nous a fait tout un discours sur le “global warming”, le réchauffement planétaire, a apprécié le peu de chaleur qui se dégageait des ordinateurs portables ouverts en face de lui…).
Cela ne se refuse pas, donc, même si on sait d’avance que le monsieur tiendra un discours plutôt convenu. Ils sont rares, les grands patrons à lâcher, même provisoirement, la langue de bois. A ce propos, je lui ai d’ailleurs demandé si, en tant que Chairman of the board (président du conseil d’administration) de Sun, et à ce titre responsable de la bonne gouvernance de l’entreprise devant les autorités, il n’avait pas peur, parfois, de ce que Jonathan Schwartz, le CEO de Sun, pouvait écrire dans son blog. Réponse de McNealy, un sourire en coin : “I’m more afraid of what you, guys, can write.” Des années de media-training, le monsieur…
Néanmoins, la discussion fut intéressante. J’ai ainsi appris l’existence de Curriki, un projet à vocation internationale, qui visiblement tient à coeur à Scott McNealy. Il s’agit de s’appuyer sur des moyens technologiques pour réduire le coût de l’accès à la connaissance et à l’éducation. Prenant l’exemple des Etats-Unis, où “des milliards de dollars sont dépensés chaque année pour acheter des livres”, il explique que cet argent pourrait être mieux employé ailleurs, à payer des professeurs, par exemple. Et encore, dit-il, “les Etats-Unis peuvent se permettre” cette dépense. Ce qui n’est pas le cas de pays moins riches. On notera, pour l’anecdote, que, comme l’a souligné Scott McNealy, Curriki est motorisé “par XWiki, un projet Open Source français”.
En revanche, quand un estimé confrère a demandé quel était le projet le plus intéressant sur lequel il planchait en ce moment, la réponse fut plutôt décevante : Rock, une puce qui devrait être commercialisée en 2008 (elle aura 16 coeurs, et pourra supporter 256 To de mémoire vive…). Et de nous sortir un prototype de sa poche, après avoir déjà moult fois agité un UltraSparc devant nos yeux pas franchement ébaubis. Exemple : Sun compte-t-il livrer une puce spécifique pour Java ? Hop, Scott tire l’UltraSparc de sa poche, expliquant que Solaris sur Sparc constitue déjà la meilleure plateforme. Qui pratique réellement la virtualisation ? Hop, Scott brandit à nouveau la puce. Et l’Open Source ? Hop, même l’UltraSparc y est passé… Eh oui, dans Sun Microsystems, il y a systems, nous a fait remarquer Scott. (cf. à ce propos une interview de David Yen)
Mais le clou du spectacle a tout de même été l’imitation du CEO. “No cameras”, a demandé Scott, mais bon, rien n’empêche que je vous décrive la scène. Le Chairman de Sun voulait bien nous faire comprendre que Jonathan Schwartz faisait “un boulot fabuleux” et que lui-même ne regrettait pas d’avoir quitté - après 22 ans dans cette fonction - ce poste de CEO qu’il avait pris en 1984, “en intérim, le temps de trouver quelqu’un”. A quoi ressemble un CEO, d’après Scott : debout, les mains sur les yeux, essayant de deviner avec le bout du pied où pourra bien se faire son prochain pas…